Triste hiver pour Vendeur 4

Publié le par moi, Chômeuse de la République

Triste hiver pour Vendeur 4

J'ai promis à mes amis que cette histoire ferait l'objet d'un billet alors voilà, je me lance pour vous conter une anecdote fraîche d'il y a quelques jours.

Le secteur du marketing étant (comme tant d'autres), en pleine crise, je suis bien évidemment obligée de ratisser (très) large dans mes recherches d'emploi. Il n'y a pas de sot métier comme dirait l'aut' alors à chaque opportunité, il faut tenter.

Et oui les chômeurs ne sont pas des fainéants qui font tout pour ne pas retourner bosser. Je radote je sais. M'en fous. Je continuerai à le faire tant que j'entendrai des aberrations sur ce sujet, et ce, même lorsque je retravaillerai :)

Bref.

Cet été je suis tombée sur une annonce qui disait à peu près ça: Magasin de prêt-à-porter pour enfants recherche un(e) Conseiller(e) de vente. CDD de 20h hebdomadaires. Première expérience souhaitée. Se présenter à Madame la Responsable directement en boutique muni(e) d'un CV.

Alors oui:

  • j'ai un Bac+5,
  • c'est un CDD,
  • ce n'est pas un temps plein. Soit.

Il n'en reste pas moins que:

  • j'ai déjà été vendeuse, il y a 10 ans certes mais je sais faire quand même,
  • il n'y a pas de sot métier (je l'ai déjà dit mais j'ai aussi dit que je radotais),
  • 20h en CDD c'est toujours mieux que rien, surtout lorsqu'on ne touche aucune allocation. Et oui de nombreux chômeurs longue durée ne sont pas indemnisés d'un centime tout comme moi, contrairement aux vieilles croyances populaires.

Revenons à l'annonce sur le site de Pôle Emploi: impossible de postuler en ligne et c'est tant mieux! Moi qui ne décroche jamais d'entretien, je vais enfin pouvoir en avoir un. Si vous pensez qu'il suffit de cliquer sur le bouton "postuler" pour que votre CV soit envoyé sur Pôle Emploi, détrompez-vous. C'est un conseiller lambda qui ne vous connaît pas qui décide pour vous du bien fondé de votre candidature en acceptant ou non de la transmettre au recruteur. Ici pas de souci, la fonction "postuler" à été désactivée, c'est donc à moi de jouer.

Let's go

Me voilà en route pour cette charmante petite boutique du centre-ville, munie d'un CV, d'un grand sourire et de toute ma motivation. Je suis accueillie par un bonjour chaleureux, je demande à parler à la responsable et c'est parfait, elle est là, derrière la caisse. L'entretien aura lieu ici.

Je me présente en quelques mots. Elle me demande mon CV, que j'avais adapté pour l'occasion en mettant bien en avant mes expériences commerciales de terrain, mais sans mentir ni sur mes précédents employeurs, ni sur mon niveau d'études. Construire quoi que ce soit sur un mensonge est toujours une très mauvaise idée.

"L'équipe a besoin de renfort cet été pour palier aux congés, de fin juillet à début septembre". Je confirme que je suis d'accord avec ça car "sans quoi, je ne me serais pas déplacée". Elle précise que la personne qu'elle embauchera pourra être sollicitée tout au long de l'année selon les besoins et ses disponibilités. Parfait.

Elle jette un oeil à mon CV, écarquille les yeux et me dit à quelques syllabes près: "Wahou dites donc! Ne le prenez pas mal euh.. Je sais bien que c'est la crise mais à ce point! Vous êtes ultra qualifiée quand même!". Certes. Mais je suis avant tout travailleuse et motivée! Je connais le job et j'ai besoin de travailler, et surtout qu'on me laisse une chance de le prouver. Je lui explique en gros que "mon" secteur est ultra bouché et que pour les autres je suis trop ou pas assez qualifiée, qu'il est très difficile d'exister sans réseau et que je suis nettement désavantagée par le fait d'être une femme en âge de procréer (oui oui cette discrimination est bien réelle et bien pourrie, à l'instar de toutes les autres). Bref.

Nous avons par la suite papoté de choses et d'autres de façon très détendue. Elle me regarde de haut en bas et me demande si je fais des défilés de mode. Elle m'a bien eue, parce que je ne m'y attendais vraiment pas à celle là. J'avoue que pour avoir une assez mauvaise opinion de moi-même (depuis toujours mais de plus en plus du fait de ma situation) je fus un tantinet flattée, mais très gênée. Je lui explique brièvement que j'ai défilé une seule fois à Paris, (pas en boîte ni dans un camping hein, je me respecte un petit peu quand même) et que cela m'a rendu physiquement et mentalement malade au point de ne plus jamais vouloir remettre un pied dans ce monde "pailleté devant-pourri derrière". J'ai pas dit ça comme ça hein, mais c'était l'idée. Bref. Elle insiste en disant que sans talons je suis "quand même vraiment très grande". Je réponds que c'est pratique pour ranger les vêtements en haut des étagères. Nous rions de bon coeur. Elle me remercie en me disant qu'elle se laisse environ une semaine pour se décider. Je pars en étant contente de cet échange, le premier depuis bien longtemps.

Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour la chômagité

Une semaine plus tard, le téléphone sonne. C'est la Responsable de la boutique qui commence par me dire "Bonjour je vous rappelle suite à notre entretien (...) malheureusement, cela ne va pas être possible pour les 20h je suis vraiment désolée...". Je me dis que c'est foutu, mais elle poursuit ainsi: "la Direction du groupe m'a refusé les 20h car c'est la crise! Je n'ai droit qu'à 12h de renfort mais je vais pas vous proposer ça, je sais que c'est bien trop peu". Je lui réponds que c'est la crise pour tout le monde et que même si je suis un peu déçue, je ne suis pas en mesure de refuser. Marché conclu et contrat signé dans la foulée: je vais retravailler!

J'ai donc été vendeuse 12h par semaine, réparties sur 3 demi-journées: le lundi, le mardi et le vendredi. J'ai renoué avec les joies de la caisse enregistreuse & de la pointeuse sous le pseudonyme de "Vendeur 4", car ajouter mon prénom sur cette machine nécessitait une intervention trop complexe d'un technicien. Tout le monde a son nom sur cette caisse, sauf moi. Pas grave. Je plaisante en disant que je préfère cultiver une part de mystère sur mon identité et que je ne suis pas vexée, (surtout dans le cadre d'un job d'été).

Collègues sympas, enfants mignons, clients pas trop chiants et nombreux touristes grâce auxquels j'ai pu mettre à profit mes connaissances linguistiques, potins sur la collègue en congé maternité que personne ne peut piffrer... L'été est ainsi vite passé, aussi vite que mes très petites journées. La responsable était satisfaite de mon travail et m'a promis de faire appel à moi si besoin est, en espérant tout de même que j'aurai retrouvé un véritable emploi d'ici là. C'est tout le mal que je me souhaite mais nous sommes mi-décembre, et toujours rien. Vivement l'inversion de la courbe du chômage tiens.

Le téléphone pleure

Fin novembre, le téléphone sonne. C'est la Responsable de la boutique qui me demande de mes nouvelles. Il n'y a rien de neuf, et ça l'arrange car une des vendeuses souhaite prendre une semaine de congé à Noël, elle a donc besoin de moi pour la remplacer. Youpi! Je dis un grand OUI de suite, persuadée que par "remplacer", elle entend une semaine à temps complet! Que nenni. "Bon bah c'est nickel ça, merci à toi, je t'imprime tes horaires tu passeras les signer, tu feras 12h comme cet été hein allez bisous au revoir". J'ai été piégée comme une débutante. Mais toujours sur le principe du "c'est mieux que rien", j'envoie un SMS à la collègue que je vais remplacer pour lui dire "alors qui est-ce qui va pouvoir se reposer cet hiver?"; "c'est moaaaaaaa" me répond-elle joyeusement.

Sachant qu'elle fait des extras dans la célèbre boutique de chocolats d'en face, j'en profite pour lui glisser gentiment que s'ils ont besoin de moi là bas aussi en son absence, je suis dispo. Mon message date de 3 semaines et toujours pas de réponse. Je disais "sympa" les collègues?. Hum hum.

Non le plus sympa, c'est le message vocal guilleret et enjoué laissé par la responsable adjointe de la boutique il y a quelques jours: "oui salut, j'espère que tu vas bien c'était pour te dire que "Vendeur 3" ne part pas en vacances finalement! Du coup on n'a plus besoin de toi mais t'inquiète pas on finira bien par poser des congés l'an prochain! Ahaha! Allez bonne journée, à bientôt!"

Tel quel. Pas une formule d'excuse ou de fausse compassion, rien. Je ne demande pas à ce qu'on pleure sur mon triste sort mais un peu + de formes aurait été bienvenu tout de même non? Et toujours pas de nouvelles de "Vendeur 3".

Vendeur 4, brisé, ne reprendra pas du service dans ces conditions, c'est juré.

Stop à la précarité!

Publié dans Fée d'hiver

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